Pucerons sur les jeunes pousses du bonsaï
Des petits insectes mous regroupés sur les pousses tendres sont, dans la plupart des cas, des pucerons. Je les reconnais surtout à leur corps en forme de poire, au miellat collant qu’ils laissent derrière eux, et au fait qu’il n’y a pas de toile. C’est souvent là que le doute disparaît.

Les pucerons vont droit vers ce qui se nourrit le plus facilement. Sur un bonsaï, cela veut dire la pousse du moment, la pointe tendre d’un rameau, le dessous d’une feuille qui n’a pas encore durci, ou la base d’un bourgeon encore en train de gonfler. Leur bouche est faite pour percer et aspirer. Une feuille mûre, plus ferme, leur demande plus d’effort. Ils peuvent quand même se poser sur du bois plus âgé, sur des bourgeons, et même sur les racines si les conditions leur conviennent, mais dès qu’il y a du tissu jeune, ils choisissent presque toujours ça en premier.
Les dégâts ne sont pas toujours spectaculaires au début, et c’est ce qui les rend pénibles. Quelques pucerons sur l’extrémité d’un rameau ne vont pas arrêter l’arbre. En revanche, ils déforment vite la pousse. Les feuilles peuvent sortir enroulées, en cuvette ou un peu tordues, parce que le tissu s’est formé pendant qu’il était déjà piqué. Une fois la feuille durcie, cette forme ne revient pas en arrière. Si la colonie grossit, elle laisse aussi du miellat, une pellicule collante sur les feuilles du dessous. Ensuite vient souvent la fumagine, ce dépôt noir qui salit tout. Ce n’est pas la partie la plus dangereuse du problème, mais l’arbre a vite l’air négligé même après la disparition des pucerons.
Je vois ça surtout au printemps, sur la première pousse, et de nouveau après une taille un peu forte, quand l’arbre repart avec un second jet de croissance très tendre. En France, le moment dépend beaucoup de la région. Dans le sud méditerranéen, la saison démarre plus tôt et les attaques arrivent souvent avant le reste du pays. En Bretagne, dans le nord, en climat océanique ou en région parisienne, je surveille plutôt le décalage de quelques semaines, mais le principe reste le même. Si un arbre pousse plus vite que les autres autour de lui, je le contrôle en premier. C’est presque toujours là que je trouve les premiers pucerons.
Causes probables
Colonie de pucerons
Comment la reconnaître: On trouve des insectes verts, noirs ou bruns, serrés sur les jeunes pousses et sur le dessous des jeunes feuilles. Ils peuvent couvrir la tige elle-même. Il y a souvent une zone collante autour, le miellat qu’ils rejettent en se nourrissant, et la pousse attaquée montre déjà un début de crispation, de gondolage ou de petites déformations.
La solution: Je commence par un jet d’eau franc, dirigé directement sur les colonies. C’est simple, mais cela en enlève beaucoup d’un coup et me fait gagner du temps avant tout traitement. Ensuite, j’utilise du savon insecticide ou de l’huile de neem, en insistant sur les jeunes pousses où ils se concentrent plutôt que de mouiller l’arbre de façon uniforme. Je teste toujours sur une petite zone d’abord, puis je regarde le lendemain s’il y a une réaction sur les feuilles. J’évite les pulvérisations en plein soleil, par forte chaleur, ou sur un arbre déjà affaibli, parce que le savon et l’huile peuvent brûler le feuillage dans ces conditions. Les pucerons se reproduisent très vite quand il fait doux, en donnant des jeunes vivants sans passer par l’accouplement. Un seul passage suffit rarement. Je recommence tous les cinq à sept jours et je surveille l’apparition d’individus ailés. Quand ils arrivent, c’est le signe qu’une colonie est à l’étroit et qu’elle va se disperser vers d’autres pousses ou d’autres arbres.
Apport d’azote trop fort
Comment la reconnaître: L’attaque apparaît surtout sur des pousses devenues très tendres et très rapides, souvent une à deux semaines après un engrais trop riche. L’entre-nœud est plus long que d’habitude, le tissu reste souple au lieu de se raffermir vite, et c’est exactement ce genre de croissance que les pucerons aiment coloniser.
La solution: Je réduis les engrais riches en azote, au moins jusqu’à ce que la pousse en cours ait commencé à durcir. Une croissance luxuriante peut sembler pratique, mais elle donne un tissu à parois fines et riche en sève, donc très attractif pour les insectes piqueurs-suceurs. Je préfère une nourriture plus équilibrée et une pousse un peu moins pressée. Je gagne en tranquillité et je passe moins de temps à courir après les pucerons chaque fois que j’essaie de forcer la croissance.
Fourmis qui protègent les pucerons
Comment la reconnaître: On voit des fourmis circuler régulièrement entre les pucerons et le substrat, parfois avec un vrai chemin qui remonte le tronc. Comme avec les cochenilles farineuses, elles ne mangent pas l’arbre. Elles exploitent le miellat produit par les pucerons et défendent la colonie contre les coccinelles et d’autres prédateurs qui la feraient reculer.
La solution: Je m’occupe des fourmis en même temps que des pucerons. Tant qu’elles protègent la colonie, les traitements doivent travailler davantage, et les auxiliaires naturels sont chassés avant même d’aider. Un anneau de glu autour du tronc ou du rebord du pot coupe souvent la liaison sans qu’il soit nécessaire de traiter directement la fourmilière. Il faut garder cette barrière à distance du feuillage. Je n’applique jamais la glu directement sur l’écorce d’un bonsaï, surtout si le tronc est jeune ou fin. Je mets d’abord une bande de ruban ou de film plastique autour du tronc, puis la barrière collante par-dessus. C’est plus propre à retirer ensuite.
Comment l'éviter
La meilleure habitude, c’est de regarder les nouvelles pousses tant qu’elles sont encore tendres. C’est là que les pucerons s’installent le plus facilement, et c’est là qu’on les arrête le plus tôt. Pendant la saison de croissance, je contrôle au moins une fois par semaine les extrémités et le dessous des feuilles sur chaque arbre, surtout juste après une pousse ou une taille sévère, quand l’arbre émet précisément le tissu mou qu’ils recherchent. Il faut aussi rester mesuré avec l’azote pendant ces phases. Une pousse trop rapide et trop tendre est plus vulnérable. Un apport plus régulier protège la forme de l’arbre et réduit les risques. Pour les arbres rentrés en hiver et qui démarrent tôt, je les considère comme plus exposés. C’est souvent eux que les pucerons trouvent en premier, surtout dans le sud où la reprise peut être franchement précoce, mais aussi en intérieur chauffé, en région parisienne ou dans le nord, dès que la lumière et la température leur donnent une avance.
Questions fréquentes
Les pucerons peuvent-ils passer à d’autres plantes ?
Oui, très facilement. Quand une colonie devient trop dense, elle produit des individus ailés pour se disperser, et ils vont sans difficulté sur un arbre voisin ou sur d’autres plantes proches. Si j’en trouve sur un bonsaï, je traite vite et je vérifie les sujets autour avant de penser que le problème reste isolé.
Les coccinelles suffisent-elles contre les pucerons ?
Elles sont utiles, surtout dehors, où elles peuvent trouver la colonie d’elles-mêmes. Mais je ne compterais pas dessus seules une fois l’infestation installée. Elles font du bon travail pour contenir de petits foyers, pas pour régler une forte invasion. Elles sont encore plus efficaces si on n’utilise pas en même temps un produit qui les tue aussi.
Les feuilles tordues vont-elles redevenir normales après la disparition des pucerons ?
Non, malheureusement. Une feuille qui a grandi pendant l’attaque garde sa déformation. La bonne nouvelle, c’est que cela reste surtout esthétique. Si la colonie est bien maîtrisée, la prochaine pousse devrait sortir normalement.
Les pucerons peuvent-ils tuer un bonsaï ?
Tout seuls, rarement. Il faut en général une infestation forte et durable sur plusieurs pousses pour vraiment affaiblir l’arbre, et cela arrive plus facilement sur un jeune sujet ou sur un arbre déjà stressé par un rempotage ou un changement de place. Sur un bonsaï établi et en bonne santé, c’est surtout une nuisance à gérer, pas une menace immédiate pour sa survie.
À quelle vitesse une colonie de pucerons peut-elle grossir ?
Plus vite qu’on ne le pense. Quand il fait doux et que la croissance est active, les pucerons donnent des jeunes vivants sans avoir besoin de s’accoupler d’abord. Quelques insectes sur une pointe de pousse peuvent devenir une colonie dense en deux semaines à peine. C’est pour cela que je préfère les attraper dès la première vérification plutôt que d’attendre de voir.
Comment distinguer les pucerons d’autres parasites des jeunes pousses, comme les araignées rouges ?
Les pucerons sont visibles à l’œil nu, ils se tiennent regroupés et sont souvent verts, noirs ou bruns. Les araignées rouges, elles, sont minuscules. On les remarque plutôt par un aspect piqueté et terne des feuilles, ou par de très fines toiles entre les pousses, pas par un groupe d’insectes bien visibles sur la tige. Si je vois de vrais insectes posés sur le rameau, je pense d’abord aux pucerons. Si je vois surtout un feuillage ponctué et des fils à peine visibles, je pense plutôt aux acariens.
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