Des fourmis sur votre bonsaï
Sur un bonsaï, les fourmis sont rarement le vrai problème. Le plus souvent, elles signalent la présence d’un autre ravageur tout près, attirées par le miellat qu’il produit.

Quand on m’apporte un arbre couvert de fourmis, ma première question ne porte jamais sur les fourmis elles-mêmes. Je demande ce qu’elles cherchent. Les fourmis ne mangent pas des feuilles saines ni l’écorce. Si je vois une file qui monte le long du tronc, je sais presque toujours qu’il y a une source de nourriture quelque part sur l’arbre. Dans neuf cas sur dix, il s’agit de miellat, ce résidu sucré laissé par les pucerons, les cochenilles farineuses et les cochenilles à bouclier quand elles se nourrissent de sève. Les fourmis n’ont pas causé les dégâts. Elles ont seulement trouvé le repas.
Le lien va plus loin qu’une simple opportunité. Les fourmis protègent souvent la colonie de pucerons ou de cochenilles qui les nourrit. Elles chassent les coccinelles et les larves de chrysopes, qui maintiendraient pourtant naturellement la population de ravageurs à un niveau plus bas. Je les ai même vues transporter des pucerons vers une jeune pousse plus tendre quand l’ancienne avait été nettoyée. C’est ce genre de manœuvre qui prolonge une infestation bien au-delà de ce qu’elle devrait être. Les fourmis ne grignotent pas le feuillage, mais si on les ignore, on laisse la garde du corps en place.
En France, je surveille surtout ce problème du printemps à l’été, quand les fourmis et les insectes piqueurs-suceurs sont les plus actifs dehors. C’est plus fréquent sur les arbres posés sur un banc près d’autres plantes, ou sur un bonsaï qui a reçu des pucerons ou des cochenilles avec un lot de pépinière. Dans le Sud méditerranéen, l’activité peut commencer plus tôt et durer plus longtemps. Dans le Nord, en région tempérée ou océanique, et autour de Paris, elle se concentre souvent davantage sur les belles périodes chaudes. J’ajoute un autre cas que je vois souvent en temps chaud et sec. Les fourmis peuvent aussi choisir le substrat léger et bien drainé d’un pot de bonsaï pour y faire leur nid. C’est un problème à part, avec ses propres risques pour les racines.
Causes probables
Les fourmis élèvent des pucerons, des cochenilles farineuses ou des cochenilles à bouclier
Comment la reconnaître: On voit une file régulière de fourmis qui monte et descend le tronc, souvent jusqu’à un ravageur caché dans une fourche de branche ou à l’aisselle d’une feuille. Il vaut mieux suivre le trajet des fourmis que regarder seulement les fourmis. On trouve alors souvent de petits insectes verts ou bruns groupés à l’endroit où une branche rejoint le tronc, ou une masse blanche et cotonneuse nichée dans un aisselle foliaire. Les feuilles plus basses peuvent aussi porter une pellicule collante, signe du miellat.
La solution: Cherchez soigneusement le vrai ravageur et traitez-le, qu’il s’agisse de pucerons, de cochenilles farineuses ou de cochenilles à bouclier, car chacun demande une approche un peu différente. Les fourmis partiront quand la source de nourriture aura disparu, mais seulement si vous nettoyez l’infestation à fond, pas si vous cassez juste une génération en espérant que cela suffise. Revenez contrôler les mêmes zones une semaine ou deux plus tard. Un traitement partiel et les fourmis reviennent aussitôt.
Les fourmis nichent dans le pot
Comment la reconnaître: On ne voit aucun ravageur sur le feuillage, mais les fourmis vivent dans le substrat. Elles déplacent parfois les grains de terre ou laissent de petits tas près des trous de drainage. Le substrat peut paraître un peu remué, ou bizarrement sec par endroits même après l’arrosage. C’est fréquent avec les mélanges très drainants de bonsaï, que les fourmis trouvent bien plus faciles à creuser qu’une terre de jardin compacte.
La solution: Trempez le pot complètement dans une bassine d’eau pendant dix à quinze minutes. L’eau remplit les galeries et force souvent la colonie à quitter les lieux. La plupart des fourmis abandonnent un nid qu’on noie régulièrement. Si cela ne suffit pas, utilisez un appât contre les fourmis placé près du pot, jamais directement dans le substrat. L’appât lent est rapporté au nid et atteint la reine, pas seulement les ouvrières visibles. Les galeries seules abîment rarement les racines d’un arbre en bonne santé, mais un creusement persistant peut déranger les fines racines nourricières proches de la surface et sécher le mélange plus vite qu’on ne le pense.
Les fourmis se déplacent à cause du temps
Comment la reconnaître: On voit soudain beaucoup d’activité de fourmis sur plusieurs pots à la fois, pas seulement sur un seul arbre, souvent juste après de fortes pluies ou pendant une période anormalement chaude. On ne trouve aucun ravageur en inspection rapprochée, et les fourmis semblent simplement de passage. Elles ne s’installent pas vraiment.
La solution: Le plus souvent, c’est temporaire et cela ne demande aucun traitement, sinon un peu de patience. Les colonies se déplacent pour leurs propres raisons, et un banc de bonsaïs avec des pots secs et abrités est un bon refuge pendant une période humide. Si l’activité ne se calme pas après une semaine environ, ou si vous voyez un remaniement du substrat dans un pot précis, traitez cela comme un nid installé, pas comme un simple passage. Revenez alors à la méthode trempage puis appât.
Comment l'éviter
Les fourmis sont souvent un bon signal d’alerte sur un bonsaï, alors je prends toute file de fourmis comme une invitation à inspecter l’arbre sérieusement, pas comme une nuisance à pulvériser à l’aveugle. Dès que vous en voyez, contrôlez les aisselles des feuilles, les fourches des branches et le dessous des branches basses, car les pucerons, les cochenilles farineuses et les cochenilles à bouclier passent facilement inaperçus tant qu’on ne les cherche pas vraiment. Gardez aussi la zone autour des étagères propre, sans fruits tombés, sans engrais sucré renversé, et sans autre source de nourriture qui attire les fourmis. Évitez de coller les pots les uns contre les autres, car cela leur donne un pont facile d’un arbre infesté vers un arbre sain. Si vous savez déjà qu’un coin du jardin abrite un nid de fourmis, relever légèrement les pots sur des cales rend aussi l’installation dans le substrat un peu moins facile.
Questions fréquentes
Dois-je pulvériser directement les fourmis ?
En général, non. Pulvériser les fourmis ne règle presque jamais le fond du problème, car on ne tue que les ouvrières visibles tandis que le nid et la reine continuent. Je préfère trouver ce qu’elles élèvent et traiter ce ravageur, ou m’attaquer au nid s’il s’est installé dans le pot.
Les fourmis abîment-elles les racines du bonsaï ?
Pas directement dans la plupart des cas. Quand elles nichent dans un pot, elles cherchent surtout un abri et un sol sec, pas les racines elles-mêmes. En revanche, leurs galeries peuvent déranger les fines racines nourricières près de la surface et accélérer le dessèchement du substrat, ce qu’il faut surveiller si l’arbre est déjà affaibli.
Pourquoi je ne vois des fourmis que sur un seul arbre de ma collection ?
C’est souvent le signe que seul cet arbre héberge le ravageur exploité par les fourmis. Inspectez-le de très près avant de penser que tout le reste est menacé. Cela dit, un rapide contrôle des arbres voisins reste utile, car les pucerons et les cochenilles se propagent aussi.
Les fourmis peuvent-elles abîmer l’écorce ou le tronc ?
Sur un arbre sain, non. Les fourmis utilisent le tronc comme une route entre leur nid et une source de nourriture. Leurs passages sur l’écorce ne causent pas de blessure à eux seuls. Si vous voyez des dégâts d’écorce en même temps qu’une activité de fourmis, ils viennent presque toujours d’autre chose, le plus souvent du ravageur suceur de sève qu’elles protègent.
Comment distinguer un nid de fourmis d’un pourrissement des racines dans le pot ?
Un nid de fourmis donne plutôt un substrat sec, remué, avec des galeries visibles ou de petits tas près des trous de drainage, et l’arbre paraît souvent encore correct. Le pourrissement des racines montre l’inverse : substrat détrempé ou malodorant, racines noires et molles si on les vérifie, et arbre qui décline quoi qu’il y ait dans le pot. En cas de doute, il faut regarder les racines directement au lieu de deviner à partir de la surface.
L’appât contre les fourmis peut-il nuire à mon bonsaï ?
Un appât placé près du pot, et non mélangé au substrat, est généralement sans danger pour l’arbre. Il est conçu pour être emporté par les fourmis, pas absorbé par les racines. Je le tiens quand même à distance du tronc et du feuillage, et j’évite les insecticides granulés dispersés directement sur le substrat, qui risquent davantage de gêner l’arbre que les fourmis.
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