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Bonsaï qui file : nouvelles pousses faibles, fines et allongées

Des jeunes pousses longues, pâles et espacées entre les nœuds me font d’abord penser à un manque de lumière. Je vois ça souvent sur des arbres qui cherchent simplement à atteindre une source plus forte.

Bonsaï qui file : nouvelles pousses faibles, fines et allongées

Le terme technique, c’est l’étiolation. Une fois qu’on l’a vue quelques fois, on la reconnaît vite. Les entre-nœuds deviennent plus longs que ce qui est normal pour l’espèce, les feuilles sortent plus petites et plus claires, et les tiges restent si fines qu’elles retombent presque sous leur propre poids.

Chez l’arbre, ce n’est pas un simple défaut d’allure. En faible lumière, l’auxine, l’hormone de croissance concentrée à l’extrémité des pousses, favorise l’allongement des cellules plus que leur épaississement. On obtient donc de la longueur, mais pas de la solidité. J’ai vu cela des dizaines de fois sur des arbres installés dans un coin qui semblait correct à l’œil humain, mais qui restait trop sombre pour eux.

Je le vois souvent sur des arbres rentrés à l’intérieur pour l’hiver, sur des boutures et des jeunes sujets posés sur un rebord de fenêtre qui paraît lumineux pour nous mais ne l’est pas vraiment pour une plante, et sur des feuillus caducs qui démarrent leur première pousse de printemps dans une pièce au lieu d’être dehors. Et je préfère le dire clairement pour les lecteurs en France. Les arbres caducs de climat tempéré, les pins, les genévriers et la plupart des bonsaïs d’extérieur ne devraient pas hiverner dedans. En France, c’est encore plus net parce que le pays n’a pas le même ciel ni la même saison froide partout. Dans le sud méditerranéen, on peut parfois garder dehors plus longtemps, mais dans le nord, en Bretagne, dans le bassin parisien ou dans les régions à hiver marqué, ces espèces ont besoin d’une vraie dormance dehors, au froid. Les laisser dans une pièce chaude et sombre en hiver n’est pas seulement une cause de croissance filante. C’est déjà une erreur de culture. Les pousses allongées en sont souvent le premier signe visible.

Il faut aussi distinguer l’étiolation d’une pousse vigoureuse normale. Ce n’est pas juste une question de longueur des entre-nœuds. Un arbre qui reçoit beaucoup de soleil et une fertilisation adaptée peut tout de même produire des pousses longues, surtout sur une phase de croissance forte, et elles devront alors être réduites pour garder le dessin de la ramification. La différence, c’est l’ensemble du rameau. En étiolation, tout paraît faible, pâle, clairsemé et orienté vers la source de lumière. Une pousse vigoureuse peut être longue, oui, mais elle reste mieux colorée, plus ferme, plus stable.

Causes probables

Manque de lumière

Comment la reconnaître: Les nouvelles pousses sont plus longues et plus fines que d’habitude, avec de grands espaces entre les feuilles. Elles se penchent souvent vers la fenêtre, vers une ouverture dans la ramure, ou vers le côté le plus lumineux. Le feuillage jeune tire vers le vert pâle, parfois jaunâtre, et les tiges plient facilement au lieu de tenir droites.

La solution: Placez l’arbre à l’endroit le plus lumineux que l’espèce puisse supporter. Dehors, cela veut dire le plus souvent plein soleil, pas l’ombre claire d’un mur ou d’un arbre. Si la lumière arrive surtout d’un seul côté, tournez le pot d’un quart de tour tous les quelques jours. Sinon, l’arbre ne corrige pas son problème, il déplace seulement sa courbure. Pour un arbre obligé de rester dedans pendant la mauvaise saison, un vrai éclairage horticole pendant dix à douze heures par jour change vraiment la donne. La simple lumière d’une fenêtre ne suffit presque jamais, même quand le rebord semble très clair.

Trop d’azote, pas assez de lumière

Comment la reconnaître: L’arbre reçoit une fertilisation régulière et généreuse, mais il est placé dans un endroit trop sombre pour ses besoins. La croissance nouvelle devient molle, filante, avec beaucoup de feuilles par rapport à la solidité des rameaux. Je vois souvent ce cas chez des propriétaires de bonne volonté qui nourrissent l’arbre comme sur un calendrier, sans tenir compte de l’endroit où il vit réellement.

La solution: Faites correspondre l’engrais à la lumière, pas à la date sur le paquet. Si l’arbre est dedans, ou en mi-ombre, réduisez fortement l’azote. Traitez-le presque comme s’il était en repos relatif, parce que l’azote sans lumière ne fabrique que davantage de pousses faibles et étirées. Dès que l’arbre retourne en pleine lumière, vous pouvez reprendre une fertilisation normale. La différence se voit vite dans la vigueur et la couleur des nouvelles pousses.

Auto-ombrage d’une ramure trop dense

Comment la reconnaître: La croissance filante ne touche pas tout l’arbre de la même manière. Elle se concentre sur l’intérieur ou sur les branches basses, tandis que la partie extérieure de la couronne reste compacte et saine. Ici, ce n’est pas forcément un manque de lumière général. L’arbre se fait lui-même de l’ombre. C’est fréquent sur des arbres qui n’ont pas été éclaircis depuis longtemps, surtout les érables, les ormes et les espèces à feuillage dense.

La solution: Éclaircissez la partie extérieure au lieu de déplacer l’arbre. Le problème peut être purement structurel, et la lumière disponible, à l’endroit où il se trouve, est parfois suffisante. Supprimez les branches qui se croisent et réduisez l’excès de paires de feuilles sur le pourtour afin que la lumière atteigne le centre. Je préfère faire cela régulièrement pendant la saison de croissance, deux fois si nécessaire, plutôt que d’attendre que l’intérieur se mette à filer.

Comment l'éviter

Donnez à l’arbre la lumière la plus forte que l’espèce supporte vraiment, pas seulement l’endroit le plus pratique pour vous. Quand vous sortez un arbre de l’intérieur après l’hiver, augmentez la lumière progressivement, surtout s’il a passé plusieurs mois en pièce. C’est valable partout en France, mais le rythme dépend de la région. Dans le sud, l’adaptation au soleil peut devoir être plus prudente à cause de la chaleur et de l’intensité estivale. Dans le nord et en région parisienne, le problème est plus souvent de retrouver assez de lumière dehors sans passer trop vite du chauffage intérieur au plein soleil. Protégez aussi les espèces sensibles à la chaleur ou au soleil, ainsi que tout feuillage produit dedans, contre un soleil brutal tant qu’elles ne sont pas acclimatées. Côté engrais, restez proportionné à ce que l’arbre peut utiliser. En forte lumière pendant la saison de croissance, il peut suivre une fertilisation normale. Dès qu’il passe dans un coin plus sombre, dedans pour l’hiver ou sous une zone plus ombragée du jardin, il faut réduire la nourriture en même temps. Enfin, intégrez l’éclaircissage régulier dans l’entretien. Une ramure trop dense finit toujours par ombrer son propre intérieur. Au fond, c’est encore un problème de lumière, simplement causé par la structure de l’arbre plutôt que par l’emplacement.

Questions fréquentes

Dois-je tailler les pousses filantes ?

Oui, mais seulement après avoir corrigé la cause. Raccourcissez les pousses étirées jusqu’à un nœud sain, près de l’endroit où la croissance redevient normale. Les laisser en place n’aide pas l’arbre et vous oblige ensuite à composer avec un espacement trop large entre les nœuds. Si vous taillez avant d’avoir réglé la lumière, vous aurez simplement une autre série de pousses faibles.

Que veut dire exactement étiolation ?

C’est le terme botanique pour une croissance allongée et pâle produite quand la plante manque de lumière. Son système hormonal pousse alors les cellules à s’allonger vite pour chercher de meilleures conditions, au prix de feuilles plus petites, de tiges plus fines et d’une baisse de chlorophylle. C’est pour cela que ces pousses paraissent longues, maigres et décolorées au lieu d’être compactes et bien vertes.

Est-ce que cela abîme définitivement le tronc ou la ramification ?

L’espacement des nœuds de cette portion de pousse est fixé une fois qu’elle s’est durcie. Donc oui, dans ce sens-là, la structure plus grossière reste. Ce n’est rarement un drame sur un jeune arbre ou un arbre en formation, parce qu’on peut revenir en arrière par la taille et reconstruire une ramification plus fine à partir des bourgeons plus bas. Sur une branche où vous comptiez obtenir du détail, cela vous fait souvent perdre une saison ou deux.

Est-ce surtout un problème d’intérieur ou d’extérieur ?

C’est de loin surtout un problème d’intérieur, ou plus largement un problème de faible lumière. La plupart des cas qu’on me montre concernent des arbres gardés dedans pendant l’hiver. Même par temps couvert, la lumière extérieure reste généralement bien plus forte que le meilleur coin d’une maison. Un arbre qui allait bien dehors peut commencer à filer en quelques semaines une fois rentré.

Quelles espèces filent le plus facilement ?

Les espèces à croissance rapide et naturellement vigoureuse, comme les ficus, les troènes et les ormes, montrent le phénomène le plus vite, simplement parce qu’elles poussent sans cesse et réagissent à la lumière qu’on leur donne. Les espèces plus lentes, comme la plupart des pins et des genévriers, filent aussi en faible lumière, mais on le remarque souvent plus tard, car leur rythme de croissance est déjà plus modeste.

De quelle quantité de lumière un bonsaï a-t-il réellement besoin ?

En règle générale, la plupart des espèces qui supportent le plein soleil dehors veulent plusieurs heures de soleil direct par jour. Même les espèces tolérant l’ombre ont besoin de conditions bien plus lumineuses qu’une pièce ordinaire. Si vous gardez un arbre dedans, considérez la lampe horticole comme un équipement normal, pas comme un recours de secours, parce que la lumière d’une fenêtre ne suffit presque jamais pendant toute une saison de croissance.

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